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Poésie

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Epître sur la consomption

Cesse de m'opposer les droits de la raison,

D***, que peuvent-ils contre un mortel poison?

Mes yeux s'ouvre sans voir, et mon âme est lassée

De porter au cerveau les sucs de la pensée :

Simulacre ambulant dans le vide égaré,

Des ombres du chaos je t'écris entouré.

Au doux zéphyrs j'ai vu succéder la tempête,

Les autans ont fané les roses sur ma tête ;

Les livides ennuis, sur ma demeure errants,

Ont de leur souffle impur flétri mes jeunes ans ;

Mon être environné des noeuds de la matières

S'éclipse, et jette à peine un reste de lumière ;

Dans moi même en vain l'esprit cherche l'esprit,

Mon âme en moi s'éteint, et mon corps lui survit.

Le bonheur vole, et fuit comme une ombre légère,

Les ennuis à pas lents cheminent sur la terre.

Goutte à goutte abreuvé des pavots de la morts,

Quelle main a changé la face de mon sort?

Je n'ai point abusé des jours de ma jeunesse ;

J'ai séché dans ma fleur courbé par la tristesse :

L'insensibilité m'arrêtant dans mon cours,

A d'un voile funèbre enveloppé mes jours.

J'ai vu s'évanouir leurs ombres incertaines ;

Mon sang qui bouillonnait s'est éteint dans mes veines :

Mon argile se meut sans douleur ni plaisir,

Je respire sans vivre, et m'éteins sans mourir.

La nature à mes yeux n'est qu'une vaste tombe ;

Je cherche en vain le fond de l'abîme où je tombe :

Le néant s'offre seul à mes sens confondus.

J'existe pour sentir que je n'existe plus.

A moi-même inconnu, dans une nuit profonde,

Je végète isolé face au monde.

(...)

Le plus grand des malheurs est de ne point avoir.

Je traîne, en sommeillant ma chaine appesantie,

Sans souhaiter la mort, et sans aimer la vie.

Hélas! qui ne sent rien, ne peut désirer ;

Je ne sentirais pas le plaisir d'expirer :

Et je n'expose aux yeux, dans ma faiblesse extrême,

Qu'un fantôme impuissant et l'ombre de moi même.

(...)

Au sein de la douleur, il existe un plaisir,

Que le malheureux sent et peut définir,

Et dans le désespoir dont une âme est la proie,

Il est un charme affreux plus piquant que le joie.

Sous une tombe obscure, errant et sans support,

Mon jour est une nuit, et ma vie une mort.

(...)

Guérineau de Saint-Péravy

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